The Disconnect, le magazine en ligne qui oblige les lecteurs à être hors-ligne

Trêve de connexion. 

L’attention est-elle devenue un luxe, et la concentration une denrée rare ? Depuis l’avènement d’internet, des smartphones et autres réseaux sociaux, nous ne pouvons plus lire un article ou un livre sans être constamment distrait par une notification, une pub ou un lien.

D’ailleurs, qui ne s’est jamais perdu dans la foultitude d’onglets ouverts sur son navigateur ? Un débarras numérique constitué de « je te lirai plus tard », si bien entassés que terminer la lecture d’un article est presque à chaque fois un échec.

Coupez votre wifi ou passez en mode avion

Conscient que le repos numérique est salvateur, Chris Bolin, un ingénieur informatique basé à Denver, dans le Colorado, a créé « The Disconnect« , une revue disponible en ligne, mais accessible uniquement hors-connexion.

Comprenez bien : une fois sur la page d’accueil, un message vous demande de vous déconnecter pour avoir accès au contenu du magazine. Coupez donc votre wifi, ou passez en mode avion si vous êtes sur le téléphone.

Une fois que c’est fait, le message disparait et la page d’accueil perd ses couleurs au profit du noir et blanc (comme pour un petit voyage dans le temps). Là, un sommaire cliquable vous permettra enfin d’accéder à 13 petites histoires. Tentez de vous reconnecter et vous serez… déconnectés !

Expérience numérique

Ce projet, loin d’être anti-nouvelles technologies (Chris est ingénieur informatique et passionné d’art numérique, notamment) est une expérience numérique qui a pour but de permettre au lecteur de se « reconcentrer » sur ses activités à un instant T.

The Disconnect suit logiquement un test mené par Chris l’année dernière intitulé « Offline Only ». Le concept ? Une page web qui contraint le lecteur à se déconnecter pour avoir accès à une sorte de manifeste qui questionne la nécessité de la déconnexion dans notre société contemporaine. « Je n’avais jamais rien vu de tel sur internet jusque là. J’ai simplement voulu relever un défi technique afin de savoir si j’étais capable de construire un site de ce type » explique Chris.

La suite de l’histoire parle pour elle : les réponses des internautes sont nombreuses, les partages se multiplient chaque jour… Poussant finalement Chris à réfléchir sur la poursuite d’un projet similaire, mais plus approfondi.

« Lorsque vous êtes déconnecté, le seul endroit où vous pouvez être, c’est ici » 

La réflexion se construit dans son esprit : « le contenu hors-ligne obligerait les créateurs à penser différemment« , explique Chris « et les lecteurs aussi bien évidemment. Combien de bons articles avez-vous laissé derrière vous pour cliquer sur un lien de redirection à mi-chemin ? Lorsque vous êtes déconnecté, le seul endroit où vous pouvez être, c’est ici« .

Chris réfléchit donc durant quelques mois à l’intérêt de ce projet et à la meilleure manière de le concevoir. Il s’entoure d’une dizaine d’écrivains, de poètes, de journalistes, pour lancer le premier numéro de The Disconnect. Plus tard, il est rejoint par Clayton d’Arnault, un auteur qui prendra en charge la rédaction en chef du magazine.

Ensemble, ils veulent « conscientiser » les lecteurs sur l’intérêt de la lecture hors-ligne : « il est difficile aujourd’hui d’imaginer passer du temps hors-connexion. Nous voulons constamment être connectés aux dernières infos, aux derniers potins… Avec The Disconnect, nous espérons pousser les lecteurs à prendre conscience de l’attention qu’ils donnent, ou ne donnent pas, en les forçant à se concentrer pour lire » raconte Chris Bowlin « avec un peu de chance, ils constateront les bénéfices par eux-mêmes, et se déconnecteront à certains moments de leur vie quotidienne pour accorder toute l’attention à la tâche qu’ils sont en train d’effectuer ». 

Pour le premier numéro, The Disconnect publie 13 textes, tous rédigés par des auteurs bénévoles, connaissances ou amis de Chris, mais aussi des personnes ayant répondu à un appel à candidatures sur Twitter. Mais Chris espère rapidement pouvoir payer tout le monde, et planche sur un modèle économique basé sur la sponsorisation. Mais il compte aussi sur le crowfunding. Une campagne est en projet, pour faire de The Disconnect un trimestriel.

Les candidatures sont ouvertes pour participer au prochain numéro. 

« The Disconnect pique la curiosité des gens » conclut Chris. Et il y a de quoi : aller sur internet pour mieux le fuir, c’est ironique, non ? 

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