« J’écris pour payer mes pintes de Guinness et ça va » (Julien, correspondant à Dublin)

J’ai rencontré Julien à l’école. Nous n’étions pas dans la même promo, mais depuis, nous sommes devenus potes. Un jour, Julien s’en est allé vers d’autres horizons. À Dublin exactement, où il travaille comme correspondant de presse pour des médias qui eux, sont restés en France. J’ai voulu en savoir plus sur son quotidien. Quand je lui ai demandé s’il serait partant pour une interview, il a tout de suite accepté. À la condition que je titre de la manière suivante : « J’écris pour payer mes pintes de Guinness et ça va ». Julien, sache que je tiens toujours promesse. Interview. 

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(Je vous présente Julien Marsault ↑)

Vis ma vie de correspondant à l’étranger

Julien, qui es-tu ?

Julien Marsault : moi c’est Julien Marsault, 25 ans, originaire de Nantes. Après avoir expérimenté ici et là le journalisme via des associations et un service civique, je suis rentré à l’ESJ Pro de Montpellier via Ouest-France.

Depuis, tu es basé à Dublin. Qu’y fais-tu ?

JM : oui, je suis journaliste indépendant, basé à Dublin depuis septembre 2017. J’écris des articles web ou en presse écrite sur différents domaines : économie, politique, société, culture… Mon but est de ratisser large, de proposer aux médias français une couverture plurielle de l’actualité irlandaise. J’ai aussi une chaîne YouTube qui parle de journalisme, La Truffe, mais qui est compliquée à gérer en ce moment vu mon rythme de travail…

Les conséquences du Brexit sur l’île m’offrent aussi une période particulièrement propice à l’écriture.

Pourquoi avoir choisi de partir ?

JM : j’avais l’envie d’expérimenter la correspondance à l’étranger. Après deux ans en presse régionale, je voulais découvrir autre chose. L’Irlande était un pays qui m’attirait, que ce soit pour y travailler ou non en tant que journaliste. C’est grâce aux conseils d’un ancien professeur, Alain Frilet, que j’ai sauté le pas.

Au départ, je devais partir en Pologne, mais le projet est tombé à l’eau et ce n’était pas nécessairement le plus simple du point de vue de la langue.

Les conséquences du Brexit sur l’île m’offrent aussi une période particulièrement propice à l’écriture. Enfin, c’est un investissement : développer mon anglais, collaborer avec de multiples médias et me spécialiser dans un domaine (l’actu irlandaise pol/éco/soc) m’offrira de belles opportunités à l’avenir (du moins j’espère !).

À quoi ressemble une journée dans la vie d’un correspondant à Dublin ?

JM : j’essaye de garder un rythme de bureau pour me structurer, en allant travailler à la bibliothèque du coin, de l’ouverture à la fermeture. En essayant de consacrer mon week-end au repos, en prenant quelques vacances. En lisant la presse irlandaise, mais aussi française, pour créer des ponts entre mes idées, les développer, en trouver de nouvelles. Ce qui me permet de proposer régulièrement des sujets. Mais la recherche et la rédaction de synopsis prend un temps fou…

J’enchaîne ensuite les coups de fils et les mails, en anglais et en français, me rendant à des rendez-vous, traduisant mes interviews, etc.

Néanmoins, ayant encore souvent des périodes creuses et débutant dans le milieu, il est parfois compliqué d’anticiper, de s’organiser. Entre l’administratif, les problèmes techniques, la baisse de motivation, le stress… Quand on est son propre patron, parfois on aurait bien envie d’avoir son propre syndicat !

Tu arrives à vivre de tes piges ?

JM : non, tout du moins pas encore. J’avais anticipé en partant avec des sous de côté et des indemnités chômage pour trois mois : il existe en effet un programme Pôle Emploi de transition pour les expatriés, ce qui permet de sauvegarder des droits à notre retour (si on en a !). J’ai fait le choix de me consacrer totalement au journalisme, sans travailler à côté.

Il faut se « construire » un revenu et à l’étranger et ça c’est compliqué. Mais c’est faisable : en cumulant des piges pour la presse professionnelle, généraliste et locale, en cultivant ses relations. En espérant décrocher un CDD pour l’AFP par exemple, en ayant une collaboration régulière sur un sujet « chaud » (comme le Brexit).

J’écris aussi quelques papiers en tant que rédacteur pour un ami qui monte sa start-up, ça aide ! Ce qui me permet de tourner ce moment à 600-900€/mois… En espérant que ça augmente ! Quoi qu’il en soit, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et c’est triste : plus ton pécule de départ est grand (parents, argent de précédents contrats, etc.), plus de filet de sécurité est fiable (droits Pôle Emploi, etc.) plus il est facile d’aller de l’avant.

Si j’ai une idée, je fonce !

Quelle approche as-tu des rédactions ? Est-ce plus simple parce que tu es à l’étranger ou plus compliqué ?

JM : je suis de plus en plus décomplexé là-dessus : si j’ai une idée, je fonce. Le flair devenant meilleur au fil des mois, l’expérience s’accumulant, ça devient plus facile d’approcher une rédaction, même si on connaît peu le média.

Après, c’est paradoxal : je suis loin d’elles et proche en même temps. L’Irlande est un pays occidental, relativement proche de la France. Il y a donc des liens assez faciles à faire avec l’actualité française, les enjeux économiques/sociétaux. Même si l’Irlande n’est pas en ce moment très « à la mode », en fouillant bien ça permet de vendre facilement des sujets.
Mais mes liens avec elles restent superficiels, ne les ayant que par téléphone ou par mail. Et je n’ai pas encore vraiment de collaboration régulière, ce qui me donne un statut de « correspondant de passage ». J’aimerais rencontrer les rédactions physiquement, mais un aller-retour Dublin-Paris, mine de rien, ça coûte des sous !

Tu es en contact avec les journalistes sur place ?

JM : assez peu pour le moment. Je vais bientôt écrire quelques papiers pour un canard local et je contacte régulièrement des confrères des nationaux irlandais quand j’ai besoin de quelques tuyaux, mais ça reste superficiel. Mais ça viendra ! Concernant les confrères français, oui nous nous croisons, mais nous sommes très peu et dans des domaines parfois très différents.

Tu penses faire quoi après ?

JM : pour l’instant, l’objectif de rester six mois est rempli. Je vais donc essayer de « survivre » (c’est le mot, au vu des loyers exorbitants de Dublin…) jusqu’à septembre 2018. Si d’ici là j’ai un revenu plus régulier, que mon projet se développe correctement, je resterai peut-être plus longtemps. Sinon, je rentrerai en France avec un CV bien fourni, histoire de trouver un CDD en presse nationale ou régionale !

 

Pour retrouver les reportages de Julien à Dublin, suivez ces liens :

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