Proposer des piges 3/3 : les relations avec la rédaction

Vous voilà enfin bien avancé. Vous avez trouvé votre sujet, et un média dans lequel publier. Désormais, vous allez vous poser une foule d’autres questions… dont les réponses ne sont pas forcément évidentes. Dernière étape de cette série en trois parties, les relations avec la rédaction. 

Épisode 3 : les relations avec la rédaction 

Sécuriser sa pige

Souvent, la commande d’un article, d’un son, d’un reportage… se fait de manière informelle. “Ah tiens, j’ai tel sujet qui pourrait coller à votre ligne édito, cela vous intéresse ?”. Une réponse par l’affirmative, mais vague, n’a pas valeur de contrat, encore moins si elle est orale. Malheureusement, il arrive que des papiers soient commandés, et jamais publiés. Ou publiés, mais jamais payés. Là, vous aurez deux solutions pour obtenir gain de cause et voir votre pige payée : harceler la rédaction, ou lui envoyer un huissier. Encore que, si vous n’avez aucune preuve de votre commande, vous aurez peu de chances d’être un jour payé… Mais reste qu’il vaut mieux ne pas en arriver là.

Avoir une “preuve” de la commande est donc une nécessité. Mais comment ? Si l’acceptation était orale, vous n’allez pas faire signer un document à votre rédacteur en chef tout de suite après… au risque de lui laisser supposer que vous n’avez pas confiance en lui.

Le moyen le plus simple est de passer par un échange de mails. Un petit mail qui récapitulerait la commande : le sujet, la dead line, le tarif, la taille etc… à la fin duquel vous inciterez votre interlocuteur à confirmer qu’il est d’accord. “Nous partons donc sur une interview de 4500 signes avec photo, pour le 17, sur une base de 60 euros brut par feuillet, c’est bien ok pour vous ?”. Normalement, vous devriez recevoir une confirmation, qui est la preuve de la « contractualisation » de votre relation. 

sergey-zolkin-192937.jpg

Cet échange de mails, légalement, a valeur de preuve de la commande. Il vous sera donc très très utile en cas de non paiement de votre pige. Justement, le paiement de la pige, parlons-en.

La paie

J’entends souvent de jeunes journalistes comme moi dire qu’ils “n’osent” pas parler rémunération. Peur que ce soit malvenu avant d’avoir rendu un papier, peur que l’interlocuteur ne tourne les talons. Oui, c’est absurde. Nous ne sommes pas supposés travailler gratuitement, ni accepter d’être sous-payés, et encore moins des mois après. Mais honnêtement, qui en début de carrière peut affirmer qu’il était 100% confiant ?

Personnellement, il m’a fallu un certain temps pour “m’affirmer” et assumer qu’avant d’être une signature au bas d’un papier dans un magazine (et surtout avant de commencer à m’investir), j’avais besoin de savoir quand et combien je serais payée. Mais la réalité m’a rattrapé : obligée chaque mois de déclarer ma situation à Pôle emploi, il était tout simplement nécessaire pour moi de savoir quel jour tombait la paie. (La pige et la déclaration de situation à Pôle emploi, un véritable casse-tête, que Cécile Hautefeuille a essayé de décrypter pour nous ici).

Alors, quand est-on payé ?

Tout dépend de la rédaction. Les piges ne sont pas payées à chaque fin de mois, comme l’est un salarié en CDI. À Radio France par exemple, les piges sont payés le mois suivant le mois travaillé (ou la date de diffusion du reportage). Par exemple, si je fais une semaine de piges en juin, je serai payée en juillet.

En presse écrite, la paie pourra tomber le mois de la publication de l’article, ou le mois suivant, ou trois mois après… Il n’y a pas de règle, ou une seule : il faut poser la question. Avoir une communication claire avec son employeur est primordial. Comme le disait Cécile Hautefeuille au sujet de la pige, il faut être très très organisé et pouvoir anticiper. Et pour cela, il est nécessaire d’avoir toutes les informations à disposition.

D’ailleurs, qui fixe les tarifs ?

Encore une fois, cela dépend. Il existe des barèmes minimum des piges :

Sur le web, on trouve de tout. Des tarifications sérieuses, et… moins sérieuses (cf. le post en-dessous).

NB: une pige commandée = une pige payée. C’est la règle. Si vous écrivez un article pour une rédaction qui décide finalement de ne pas le publier, vous devez quand même être payé.

Aussi, pigiste = paiement en salaire. C’est une règle à ne pas oublier tant les offres de “piges” en auto-entrepreneur ou en droits d’auteur sont nombreuses. Légalement, un pigiste doit être payé en salaire.

Le site pigiste.org (que je recommande par ailleurs) précise : “il est payé en salaire (le journaliste-pigiste), avec cotisations au régime général de la sécurité sociale, d’après la loi Cressard de 1974. Les rémunérations en droits d’auteur, en honoraires, comme correspondant local de presse ou comme intermittent sont hors la loi pour le journaliste-pigiste”.

D’autant que, pour obtenir la carte de presse (qui permet notamment de mieux défendre ses droits), la CCIJP (commission qui délivre la carte) exige que plus de 50% des revenus (en salaire donc) mensuels soient issus de l’exercice du journalisme, et que cela corresponde à un demi smic.

Qui demande et qui propose un sujet ?

Une fois la relation nouée avec le média en question, une fois les bases de celle-ci posées, il faut la pérenniser. En continuant à proposer des idées de sujets, par exemple. Mais il se peut que ce soit la rédaction qui vous passe directement “commande”. Ici aussi, tout dépend…

Décliner une proposition ou ralentir une collaboration

Dire “non” n’est pas “risqué”, comme je l’entends régulièrement dans la bouche de mes jeunes confrères et consoeurs. Vous êtes pigiste, et avez d’autres collaborations avec d’autres médias. Il est donc normal de décliner si vous estimez que vous n’aurez pas assez de temps pour honorer la dead-line, ou pour une autre raison… ça peut se comprendre.

Si vous trouvez des piges plus régulières, à la journée, ou même un CDD, il n’est pas malvenu de prévenir les autres publications auxquelles vous collaborez habituellement… Il est toujours bien vu d’anticiper en prévenant que vous ne serez pas disponible sur une période de X jours, semaines ou mois. Et en n’hésitant pas à préciser qu’à partir de la date de fin de votre nouvelle collaboration, vous serez de nouveau disponible.

Les rédacteurs en chef, où que ce soit, (je l’ai beaucoup remarqué en radio par exemple) ont un petit “pool” de pigistes à appeler en cas d’urgence. Il arrive que ce soit une mission pour le lendemain, ou le soir-même. En prévenant en amont, vous éviterez un coup de fil inutile de quelqu’un qui est sans doute déjà dans le rush… et montrerez que vous êtes quelqu’un d’organisé et de respectueux.

Cet article a vocation à être étoffé, si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à poster un commentaire. Je l’enrichirai au fur et à mesure. 

Bon courage à tous ! 

Retrouvez les deux premiers épisodes de cette série sur la pige :

Proposer des piges 1/3 : la recherche de sujets et de médias

Proposer des piges 2/3 : les premiers contacts avec la rédaction

Une réflexion sur “Proposer des piges 3/3 : les relations avec la rédaction

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s